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Interopérabilité : Une nécessité pour les SI de santé
 

 10.12.08 - HOSPIMEDIA - Le CNOM organisait le vendredi 5 décembre une table ronde sur l’interopérabilité médicale dans le cadre de la présidence française de l’Union européenne. Ce fut surtout une occasion de faire le point sur les avancées du système d’information de santé français et d’examiner les conditions de son décollage.

Interopérabilité. Derrière ce mot technique devenu à la mode ces derniers temps, se cache peut-être la clé d’un système d’information médical abouti, sa capacité à communiquer avec les autres signant sa pertinence. Mais force est de constater, comme n’ont pas manqué de le souligner les participants à la table ronde organisée par le Conseil national de l’ordre des médecins (CNOM), la France n’en est pas encore là. Les retards du Dossier médical personnel (DMP) ont cristallisé les mécontentements, mais ce chantier n’est en fait que le révélateur du manque de maturité des acteurs français, en particulier les décisionnaires, en matière de systèmes d’information. Les exemples donnés par les participants à cette table ronde en ont témoigné. En particulier à l’hôpital. Il y aurait à peine une vingtaine d’hôpitaux qui seraient aujourd’hui en France équipés d’un système d’information complet et réellement intégré. Pour de nombreux autres, il est parfois encore difficile de communiquer d’un couloir à l’autre. Par manque d’intérêt des directions, mais aussi par manque de vision des bénéfices que l’hôpital peut en tirer. Les systèmes d’information sont encore trop souvent vus comme des dépenses informatiques et non comme des investissements rentables en terme d’amélioration de la qualité des soins, d’aide au corps médical et de meilleure gestion de l’établissement.
Convergence d’objectifs
Mais la situation évolue. Michel Gagneux, président de la mission de relance du projet de dossier médical personnel dont le rapport a été rendu en avril dernier, présidait cette table ronde avec le Dr Jacques Lucas, vice-président du CNOM chargé des systèmes d’informations de santé. Il s’est fait le porte-parole des intervenants en soulignant "que pour la première fois de l’histoire institutionnelle, l’ensemble des réformes en cours convergeait vers les mêmes objectifs et les mêmes conséquences : agence régionale de santé, territoire de santé, communauté hospitalière, réforme de la gouvernance, relance du dossier médical personnel... sont autant de réformes structurelles qui toutes vont nécessiter des systèmes d’information partagés". Et donc interopérables.
La montée en puissance de cette notion n’est pas révolutionnaire en soi. Mais elle est remarquablement pédagogique : elle illustre ce que doit être un système d’information. Non pas une chose pour technicien, mais bien un outil structurant qui apporte des réponses à des impératifs d’organisation. C’est en effet la nécessité de communiquer entre les acteurs publics, privés, hospitaliers, libéraux... imposée par les réformes qui permet un changement de regard sur les systèmes d’informations. Ils apparaissent en effet aujourd’hui comme les seuls outils permettant de répondre efficacement aux bouleversements que connaît le monde de la santé et à son nécessaire fonctionnement en réseau. La valeur ajoutée d’un établissement sera de moins en moins caractérisée par sa taille, sa technologie médicale... mais bien par sa capacité à être en relation avec les autres acteurs de santé pour le suivi des patients.
Gouvernance à revoir
Pour Michel Gagneux et de nombreux intervenants au colloque, ce changement d’état d’esprit sur le terrain doit être accompagné par un changement radical de gouvernance et de pilotage au niveau national. Plus stratégique, moins dirigiste. Ce message a bien été compris par le nouveau directeur du GIP-DMP et futur patron de l’Agence des systèmes d’information de santé partagés (ASIP), Jean-Yves Robin. Il a annoncé, lors de cette première prise de parole publique, puisqu’il avait pris ses fonctions le matin même, sa volonté de "ne pas perturber les chantiers en cours", de "ne pas casser les dynamiques en région", et de positionner l’agence sur le terrain de la maîtrise d’ouvrage et du soutien aux acteurs de terrain. Il a clairement défini les missions de l’ASIP comme centrées sur la veille technologique, l’arbitrage entre les différents standards et normes, sur la conception de référentiels avec l’ensemble des acteurs, industriels compris, sur le respect par tous de l’interopérabilité des systèmes mis en place. Quant à sa méthode, il a insisté sur l’importance de travailler sur des "trajectoires" permettant de donner confiance aux acteurs en leur proposant des étapes rapidement atteignables et dont chacun, en particulier les utilisateurs, voit rapidement le bénéfice au quotidien. Il souhaite également travailler en concertation avec tous et faire avancer des solutions pragmatiques, réellement adaptées aux besoins et usages des professionnels. En somme, que l’apport de système d’information, à l’hôpital, en ville et tout au long du parcours de soins du patient, soit une aide et non une contrainte pour les professionnels de santé.
La fin des prés carrés
Au-delà de ce discours volontariste, le directeur de la future ASIP pense qu’il est urgent et important d’aider les régions et les établissements à renforcer leur capacité de maîtrise d’ouvrage, grande faiblesse française aujourd’hui. Une approche réaliste qui ne va pas se faire sans grincement de dents, particulièrement dans les nombreux établissements où les systèmes d’information sont devenus le pré carré de spécialistes informatiques déconnectés de la direction stratégique.
Renaud Degas

 
   








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